Les Bishnoi

 


 

Les habitants du désert du Rajasthan
Les peuples Bishnoi et Bhil

 

 

Depuis des siècles, les cultures Bhil et Bishnoi coexistent dans le désert du Rajasthan au centre de l'Inde. Bien qu'ayant des modes de vie diamétralement opposés et des philosophies largement divergentes, un lien bien plus fort que leurs différences les unit: la lutte pour survivre dans un environnement dur et impitoyable.

Le nom " bishnoi " (vingt et un) représente le nombre de principes prônés par leur prophète, Lord Jhambheshwar. Khstriya de naissance (la seconde caste hindoue la plus élevée), il désapprouve le système de castes et crée une communauté sans classe qui accepte tout un chacun. La seule exigence est d'adhérer aux 29 principes de vie, qui sont, entre autres, ne pas tuer, ne pas manger d'animaux, ne pas abattre d'arbres et ne pas consommer d'alcool.

 

Voici la liste des 29 règles des bishnoïs:

  • 1° Observer une mise à l'écart de la mère et du nouveau-né pendant trente jours après l'accouchement (pour éviter des infections et à cause de l'éventuelle fatigue de la mère).
  • 2° Ecarter la femme de toute activité pendant 5 jours lors du début de ses règles (pour ne pas la fatiguer et respecter une certaine hygiène).
  • 3° Tôt, chaque matin, prendre un bain.
  • 4° Maintenir la propreté externe du corps et interne de l'esprit (par un comportement et des sentiments humbles, sans animosité, etc.)
  • 5° Méditer deux fois par jour, en matinée et en soirée, lorsque la nuit est encore séparée du jour.
  • 6° Chanter la gloire du seigneur et exposer ses vertus chaque soirée.
  • 7° Offrir l'oblation quotidienne au feu saint avec un cœur rempli de sentiments de bien-être pour tout être vivant, d'amour pour la nature et le monde entier et de dévotion au seigneur.
  • 8° Employer l'eau filtrée, le lait et le bois de chauffage soigneusement nettoyé pour éviter que des insectes soient tués ou brûlés.
  • 9° Etre attentif et conscient de ses paroles.
  • 10° Pardonner naturellement.
  • 11° Être compatissant.
  • 12° Ne pas voler.
  • 13° Ne pas dénigrer, déprécier derrière le dos, quelqu'un.
  • 14° Ne pas mentir.
  • 15° Ne pas se livrer à l'opprobre.
  • 16° Rapidement observer et méditer la nuit sur la nouvelle lune.
  • 17° Réciter le nom de saint de Vishnou.
  • 18° Être compatissant envers tous les êtres vivants.
  • 19° Ne pas détruire les arbres verts (c'est-à-dire non morts).
  • 20° Tuer les passions de convoitises, d'irritation, d'envie, d'avarice et d'attachement.
  • 21° Se permettre de cuisiner soi-même, ou par un fidèle d'une autre religion ou secte, en étant pur de par le cœur et le travail.
  • 22° Fournir un abri commun (Thhat) pour les chèvres et les moutons afin de leur éviter l'abattoir.
  • 23° Ne pas castrer le taureau.
  • 24° Ne pas consommer ou cultiver de l'opium.
  • 25° Ne pas consommer ou cultiver du tabac et ses dérivés.
  • 26° Ne pas consommer ou cultiver du cannabis.
  • 28° Ne pas manger de plats de viande ou non-végétariens afin de protéger les animaux et obligation de protéger et de nourrir les animaux sauvages.
  • 29° Ne pas utiliser de vêtements teints en bleu (en Inde antique, cette couleur était obtenue grâce à un arbre sauvage, l'indigo, et c'est aussi la couleur de la mort).

A en croire les récents voyages effectués par des touristes au sein de ces communauté, les commandements ont perdu de leur valeur, ce n'est pas étonnant , alors que le monde actuel privilégie l'argent à la religion et que les moeurs de l'ère industrielle corrompent de plus en plus les peuplades qui vivent loin des villes et du monde moderne et leurs principes de vie, de voir des bishnoi se mettre à cultiver de l'opium.

 

L'histoire de Lord Jhambheshwar

On raconte que lord Jhambheshwar a été frappé par la lumière alors qu'il méditait sous un arbre dans un endroit qui allait devenir le village de Jhamba. Quand il découvrit à cet endroit une source qui allait mettre un terme à une sécheresse de 20 ans, il décida d'y établir sa communauté idéale, une société de personnes vivant en harmonie entre elles et avec leur environnement. La plupart des règles qu'il imposa sont encore respectées aujourd'hui.

L'égalité d'apparence était l'un des principes de Lord Jhambheshwar. Pensant que ce principe prévenait la jalousie et encourageait la paix, il institua une politique d'uniformité qui est toujours en vigueur. Toutes les femmes portent des saris d'un tissu à motif très coloré, principalement rouge et se parent d'un anneau nasal, de bracelet aux poignets et aux chevilles. Les hommes portent de simples vêtements blancs, symbole de simplicité et de modestie.

 

Chez les Bishnoi, les jeunes mariés doivent s'installer sur un terrain vierge et le rendre cultivable en creusant des puits, en plantant du millet et d'autres cultures. Le prophète Jhambheshwar prône une philosophie proactive de développement agricole plutôt qu'une approche écologique passive.

 

Bien que les bishnoi soient connus pour leur dévotion, un incident leur a assuré une place dans l'histoire de l'Inde moderne. En 1847, le roi de Jodhpur envoya son armée abattre des arbres pour construire son palais. Quand son armée commença à abattre une forêt bishnoi, ces derniers protestèrent de manière non violente en offrant leurs corps comme boucliers. Les haches de l'armée en tuèrent 363 avant que le roi, qui eut écho de leur courage, arrête l'abattage et déclare la région Khejarli réserve forestière et de chasse.

Les Bishnoi se nourrissent de manière remarquable malgré l'environnement difficile que constitue le désert et les règles strictes qu'ils doivent observer. Pendant la mousson, ils cultivent du millet qui est ensuite moulu pour faire de la farine et leur aliment de base, les chapattis. Le Sangari, fruit de l'arbre khejadi qui ressemble à un haricot est séché puis mélangé avec les baies du kair, un arbuste du désert. Les Chapattis, sangari et baies kair constituent l'aliment de base de la plupart des repas auxquels s'ajoute parfois le beurre et le yaourt, fabriqués avec le lait des quelques vaches de l'élevage familial.

La saison des moussons en juillet et août apporte la pluie au désert du Rajasthan et la récolte qui se poursuit jusqu'en octobre permet de nourrir une famille pendant deux ans. Parfois, des pluies se produisent pendant la saison sèche, ce qui permet au Bishnoi de cultiver de l'orge. La menace d'une sécheresse prolongée est constante dans la région et force les habitants à planifier leur réserve de nourriture et d'eau pour survivre.

La végétation et le combustible sont rares dans cette région aride. Selon leurs principes, les bishnoi n'abattent jamais d'arbres pour faire le feu ou pour la construction. Ils utilisent exclusivement le bois mort et le combustible principal utilisé pour cuisiner est la bouse de vache et de buffle d'eau.

 

De nombreuses coutumes et règles de conduite sont venues s'ajouter aux principes fondamentaux de la culture bishnoi. La plus significative est née dans le village de Jhamba peu après la mort du prophète. Chaque année, les gens élisent une personne qu'ils nomment shaand, ou reproducteur: un jeune homme d'une vingtaine d'années, beau, intelligent qui représente un spécimen de sa race. Son devoir est de féconder les femmes pour améliorer le capital génétique du groupe ethnique dans son ensemble. Au lieu de porter des chaussures de cuir mojari , le shaand était reconnu à ses karau en bois. C'était un grand honneur d'être choisi par le shaand qui laissait ses karau devant la porte pour signifier qu'aucun autre homme n'était admis. Bien que ce fut un honneur d'être choisi comme shaand, ceci ne durait qu'un temps et se terminait de manière abrupte. Chaque année, un nouveau shaand était élu et l'ancien était sacrifié. Cette tradition a pris fin en 1920 du fait de la modernisation et de la désertion croissante des shaand pendant les dernières semaines de leur mandat.

Même si les shaand ont disparu, la tradition de célébrer chaque année Lord Jhambheshwar est toujours suivie la première nuit de la nouvelle lune du mois de Chetry, deux semaines après le Festival National Indien Sacré. Des milliers de personnes se rendent en pèlerinage au village du désert pour boire l'eau salée de la source sacrée, qui, pensent-elles, les absoudra de tous leurs péchés.

D'autres croyances bishnoi résultent de traditions plus modernes. La plupart des bishnoi, des hindous convertis, croient toujours en la réincarnation et vénèrent la gentille antilope qui réincarnent leurs ancêtres. On peut observer un grand nombre d'antilopes près des plantations de millet et des terres irriguées - ce qui est à l'origine d'une curieuse relation symbiotique et controversée avec le groupe ethnique voisin des Bhil.

 

Les Bhil sont des chasseurs du désert hautement expérimentés; l'art de la chasse est inné chez eux depuis des siècles. Bien que la chasse soit maintenant interdite par le gouvernement, les Bhil maintiennent leurs traditions en s'aventurant la nuit pour tuer des oiseaux, des lapins et des lézards avec leur arme de chasse. Leur proie favorite est l'antilope, présente en grand nombre et appréciée pour sa viande en abondance et de haute qualité. Faisant partie des peuples les plus pauvres de l'Inde, peu possèdent des fusils et ceux qui en ont ne peuvent acheter le permis ou les cartouches. Ils se servent des cartouches d'armes de guerre usagées qu'ils remplissent de poudre noire, de pierres et de débris de verre pour chasser pendant la nuit.

Plus offensive encore que la poursuite des antilopes est l'attitude des bhil envers la végétation et les arbres. Ils transgressent les tabous bishnoi en coupant des arbres pour alimenter les feux, construire des maisons et surtout pour fabriquer des paniers avec du bois vert de la précieuse essence arana.

Les Bhil sont devenus semi-nomades au fur et à mesure du temps, se faisant engager comme mercenaires ou soldats au service des rois et maharajas. Comme l'ère de la guerre contre les maharajas et les rois arrivait à son terme au début du 20ème siècle, les bhil ont perdu leur principale source de revenus et se sont trouvés contraints d'adopter un mode de vie différent. Depuis, ils se sont installés dans des villages où ils vivent de la chasse et de petit élevage.

Ces dernières décennies, un nombre croissant de Bhil se sont installés près des communautés bishnoi, attirés par la présence de sources d'eau régulières et le gibier. Contrairement au Bishnoi, ce ne sont pas des fermiers - leur seule légitimité est leur bravoure de guerriers.

 

Les Bhil pratiquent la religion Sonatan, une forme d'hindouisme. Bien que n'utilisant pas le livret hindou veda, ils prient les mêmes dieux et vénèrent les vaches. Ils vénèrent le prophète Bhapuji, un guerrier du 15ème siècle réputé pour son courage qu'ils honorent une fois par mois pendant la fête de la pleine lune appelée Jagaran. Les femmes ne sont pas admises à ces cérémonies au cours desquelles des joueurs de tambour appelés bhoppas jouent et chantent toute la nuit pour accompagner les hommes qui dansent autour d'un grand feu.

Pourtant, ce sont les femmes Bhil qui décident lorsqu'il s'agit de mariage. Les mariages sont toujours arrangés et considérés comme une affaire commerciale. Néanmoins, dans ce cas, les négociations sont inversées. Les familles bhil ne paient pas de dot pour marier leurs filles, les hommes étant plus nombreux que les femmes. Ce sont les hommes qui doivent donner 10 chèvres (soit 100 dollars) pour avoir le droit d'épouser une fille bonne à marier. Chaque année, pendant la foire de la pleine lune de juillet à août, les jeunes hommes se disputent l'honneur d'épouser les jeunes filles les plus riches

Les hommes bhil protègent avec ferveur les femmes de leur famille. Aucun homme de l'extérieur n'est autorisé à entrer dans une maison sauf si les personnes masculines de la famille l'invitent à le faire. Les hommes ne parlent pas aux femmes sans la permission d'un homme de la famille. Les femmes ne participent pas aux cérémonies nocturnes pour éviter de rencontrer les danseurs qui pourraient s'enivrer et devenir trop entreprenants. Les signes ostentatoires de modestie commencent à la puberté. La plupart des jeunes femmes mariées ont le visage voilé pendant la journée, surtout en présence de leurs beaux-parents. Seules les femmes ayant des enfants adultes peuvent se découvrir le visage.

L'eau est l'élément principal dans la vie de ceux qui vivent au Rajasthan. Les femmes bhil et bishnoi doivent parcourir de longues distances dans le désert et revenir à leur hutte faite de boue et de bouse avec des cruches d'eau sur la tête. L'eau est si rare que les plats sont nettoyés avec du sable. Une tasse ou deux d'eau suffit pour la toilette du visage et des mains. Récemment, la région a subi une sécheresse de trois années qui a anéanti les cultures et causé la mort des troupeaux et de la faune. L'assèchement des puits et la famine ont forcé ces peuples à dépendre de l'aide humanitaire et du gouvernement pour leur seule survie.

Aujourd'hui, des populations plus importantes et des limites cadastrales plus strictes pour les propriétés mettent une pression sur les habitants du désert du Rajasthan. Des années de sécheresse ont aussi entraîné de plus grandes privations. Alors que les communautés Bishnoi et Bhil sont contraintes à cohabiter en permanence, des conflits se font jour. L'avenir de ces peuples dépend de l'aide des ONG: l'éducation semble être le meilleur moyen pour eux de faire entendre leur besoin de disposer de la terre et des droits de leurs ancêtres tout en apprenant à vivre en harmonie dans un espace réduit dans lequel les ressources s'amenuisent.


  

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